Dominique Freyssenède
Im Jahr 1798 lernten die Brüder Humboldt in Paris eine einflussreiche französische Familie kennen, zu deren Kreis unter anderem die Gräfin Regnaud de Saint-Jean d’Angély, der Astronom Delambre und der Akademiker Antoine-Vincent Arnault gehörten. Die zentrale Persönlichkeit dieses Kreises scheint damals eine gewisse Madame de Latour gewesen zu sein, deren Pariser Salon und Landhaus die Treffpunkte dieses „sehr hübschen Zirkels“ waren, wie Wilhelm von Humboldt ihn nannte. Am 3. Brumaire des An VII richtete Alexander von Humboldt, der sich auf der Durchreise in Lyon befand, an Madame de Latour – nachdem er ein Treffen mit ihr versäumt hatte – den ersten Brief nach seiner Abreise aus Paris mit Bonpland. Weitere Dokumente, darunter der Briefwechsel mit Delambre zwischen 1800 und 1804, zwei unveröffentlichte Briefe aus den Jahren 1810 und 1853 sowie ein Polizeibericht von 1817, ermöglichen es, eine der längsten Freundschaften im Pariser Leben Alexander von Humboldts nachzuzeichnen.
En 1798 à Paris, les frères Humboldt firent la connaissance d’une famille française influente, qui compta entre autres personnalités la comtesse Regnaud de Saint-Jean d’Angély, l’astronome Delambre et l’académicien Antoine-Vincent Arnault. La figure centrale de ce cercle semble avoir été, à l’époque, une certaine Mme de Latour, dont le salon parisien et la maison de campagne furent les lieux de rendez-vous de ce « fort beau cercle », selon le mot de Guillaume de Humboldt. Le 3 brumaire An VII, Alexandre de Humboldt, de passage à Lyon, adressa à Mme de Latour, après avoir manqué un rendez-vous avec elle, la première lettre qu’il écrivit après son départ de Paris avec Aimé Bonpland. D’autres documents, dont la correspondance avec Delambre entre 1800 et 1804, deux lettres inédites datées de 1810 et de 1853, et un curieux rapport de police de 1817, permettent de découvrir l’une des amitiés les plus longues de la vie parisienne d’Alexandre de Humboldt.
In 1798 in Paris, the Humboldt brothers became acquainted with an influential French family whose circle included the Countess Regnaud de Saint-Jean d’Angély, the astronomer Delambre and the academician Arnault. A central figure of this circle appears to have been Madame de Latour, whose Parisian salon and country residence served as the principal meeting places of this “very distinguished circle,” to use Wilhelm von Humboldt’s own expression. On 3 Brumaire An VII, Alexander von Humboldt, while passing through Lyon, sent Madame de Latour a letter, after having missed an appointment with her, which was the first one he wrote during his journey with Aimé Bonpland. Further documents, including his correspondence with Delambre between 1800 and 1804, two unpublished letters dated 1810 and 1853, and a police report from 1817, make it possible to reconstruct one of the longest-lasting friendships of Alexander von Humboldt’s Parisian life.
L’auteur remercie sincèrement Carmen Götz (BBAW) pour son exigence scientifique et ses précieux conseils, ainsi que Cécile Wajsbrot qui a bien voulu relire l’ensemble de cet article.
L’examen et la mise en perspective de plusieurs documents d’archives, dont deux lettres inédites, nous permettent de découvrir les liens d’Alexandre de Humboldt avec une famille française, aisée et cultivée, qui donnera d’éminentes figures pendant le Consulat et l’Empire, dont la comtesse Regnaud de Saint-Jean d’Angély, épouse d’un ministre de Napoléon, Mme de Pommard, épouse de l’astronome Delambre, un membre de l’Académie française, un régent de la Banque de France, un des premiers préfets nommés par Bonaparte, ainsi qu’une certaine Marie-Barbe Hutot de Latour1, destinataire de la lettre que nous allons d’abord examiner dans cet article.
Celle-ci est datée de Lyon le 3 Brumaire an VII – 24 octobre 1798. Elle est, parmi celles qui nous sont parvenues, la première qu’Alexandre de Humboldt écrivit après avoir quitté Paris, point de départ du voyage qui, à la suite de circonstances fortuites, le conduira avec Aimé Bonpland en Amérique latine et aux États-Unis. Publiée en 1973 dans les Jugendbriefe Alexander von Humboldts 1787–17992, elle n’a pas encore, à notre connaissance, fait l’objet d’une étude spécifique sur les personnages évoqués par Humboldt, ni sur les détails de son étape lyonnaise.
Les échanges épistolaires entre Humboldt et Delambre pendant le « voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent », deux lettres de Humboldt écrites à Paris en 1810 et à Berlin en 1853, ainsi qu’un rapport de police de 1817, attestent la longue amitié de ce cercle familial avec Humboldt, pendant et après son voyage en Amérique.
Nous publions les fac-similés des lettres de 1798, 1810 et 1853, leur transcription littérale, ainsi qu’un tableau généalogique (figure 2) situant les principaux membres de la famille. Cet arbre a été établi à partir des recherches qui suivent. Il pourra donner aux lecteurs une meilleure vue d’ensemble et leur servir de référence.
Fig. 1 : lettre d’Alexandre de Humboldt à Mme de La Tour, Lyon 24. 10. 1798. Staatsbibliothek zu Berlin, Handschriftenabteilung (Autogr. I/354).
Lyon le 3 Brumaire
Que de regrets, Madame, d’être dans la triste nécessité
de Vous addresser ces lignes ! Que de regrets d’avoir
été quelques heures à Lyon et de n’avoir pas
vu cette femme respectable dont l’image ne s’effa-
cera jamais de mon Cœur. Mon voyage autour
du monde n’aura pas lieu. Septidi le Directoire
arrête qu’il sera remis pour un autre tems et le mê[-]
me jour je prens la résolution de partir pour l’
Afrique. Moi, qui doit errer dans les montagnes
je n’ai été que trop longtems à Paris. Je dois
rentrer dans la sphère d’activité, dans laquelle je
ferai quelque chose. Je reçois la nouvelle qu’une Fré-
gatte Suédoise part de Marseille pour Alger.
Je dois m’y rendre en 8–9 jours pour ne pas
perdre cette occasion unique pour la sûreté qu’
elle présente. Je me flattais d’arriver à 3 heures
[2] à Lyon, je me flattais de Vous voir, de
Vous témoigner de bouche (peut-être pour la
dernière fois de bouche) les assurances de ma
vénération la plus profonde[,] la plus inaltérable[,]
de Vous dire que j’avais vu la belle et
bonne Laure, sa sœur reconvalescente, Votre frère
énergique et sensible …. et Mad. d. P. qu’à pré[-]
sent j’ose nommer notre commune amie. Un
vent affreux ne nous fait arriver de Mâcon
qu’après les 6 heures du soir. Je n’ai qu’un
moment pour faire remettre mes effets au Palais
royal. Je cours chercher la Feratière, le pont
de la Guillotière …. J’arrive au delà du Rhône,
je cours à gauche, on me dit que je trouverais
une Allée, conduisant à la fabrique dont la
sagacité chimique de mes organes devait m’
indiquer le produit. Je n’arrive pas. Hélas !
on me dit, qu’on m’a trompé, que du pont
il fallait aller à droite. Je retourne sur mes
pas, je trotte, mais quel chemin ! Arrivé au
pont je vois qu’il est tout près de 7 heures.
Je réfléchis que me fiant trop à la célérité
de mes jambes, je ‹ n’ › avais pas encore ‹ arrêté › les places dans
la Diligence pour Marseille, qui part la nuit
[3] à 2 heures. Quel Combat ! Je ne dois pas perdre ces places. Je
risque tout l’embarquement en m’exposant. Un passant
me dit que le bureau de poste se ferme. Vous même
ma digne et respectable amie, Vous m’auriez blâmé en
agissant différemment. Je cédais à la raison, à une pruden[-]
ce qui coûte si cher à mon Cœur et sans avoir seulement
vu de loin Votre toit, ‹ n’ayant › peut être été qu’à 200
pas de Vous[,] je reviens tout essoufflé et suant chez
moi. Plaignez-moi, Madame, mais ne me grondez pas.
J’aurais dû prendre le premier fiacre, un homme pour
me conduire …. Je m’en repens, mais rarement une
perte est si irréparable que celle que j’ai faite.
Je pars en peu d’heures, Madame. Je serai en
3 jours à Marseille. Je n’ai vu ce beau pays que
pour regretter de ‹ ne › le voir qu’en passant. En peu
de semaines, je serai sur les Côtes d’Afrique. Je veux
rester à Alger pour y apprendre à fond l’Arabe,
pour voir le Mont Atlas, pour pénétrer dans le Dé-
sert du Côté de Constantine, pour étudier la vie
pastorale des Hordes Arabes qui se nourrissent de
chair de Lions et sont moins féroces que des hom-
mes qui n’en ont vu que la peau. Mon grand
projet, celui auquel je tiens par enthousiasme, est
de me joindre au printems à l’Expédition d’Egyp-
te. Qu’il doit être beau qu’environné de tout
ce que l’imagination présente de plus
attrayant, on puisse voir de près lutter de
[4] grands hommes contre l’infortune, ou de les
voir jouir d’un état qu’il ont créé eux
mêmes. Puisse les plus belles de mes espérances
ne pas être des rêves de jeunesse, puissé-je
y trouver une Société, dans laquelle la Liberté
se joint à la Justice ! Je quitte l’Europe
avec des sentiments mêlés de douleurs et d’espéran-
ces. Quand tous les élémens se conjurent pour empêcher
la Construction finie d’un édifice, alors c’est aux
Individus de travailler avec une double ardeur
pour construire quelque chose, qui reste après
eux. Ma santé est plus forte qu’elle l’était
jamais ; mon zèle ardent se ranimera encore
plus dans la proximité des grands objets, qui se
présenteront à ma Contemplation. Il serait bien
cruel de ne rien faire avec autant de volonté.
Recevez, Agréez mes tendres adieux, Madame et
lorsque notre commune amie quelque fois blâme mon
entreprise, lorsqu’elle m’accuse de légèreté – alors
c’est vous dont j’implore le secours. Je suis justi-
fié auprès d’elle si Vous em[-]
brassez ma défense. Veuille le destin propice
que Vous jouissiez de la sérénité, de la tran-
quillité la plus inaltérable. Du fond des déserts
je formerai des Vœux pour Vous et pour celles
qui Vous sont chères. Nous vivons dans un siè-
cle, dans lequel la Reconnaissance est un mérite
des plus rares. Jugez combien je me sens vertueux
pour être aussi reconnaissant envers Vous et pour
l’être à jamais.
Humboldt
A 1 heure
la nuit
en hâte et émo-
tion.
Nous sommes dans la nuit du 24 au 25 octobre 1798, à Lyon. Il y a quatre jours qu’Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland ont quitté Paris.
Leur diligence a fait une première halte à Charenton, dès la sortie de Paris : on est parti très tôt. Le repas du midi est pris à Melun, celui du soir à Villeneuve-la-Guyard3. On reprend la route. Le 21 octobre au matin, la diligence s’arrête à Joigny, puis à Auxerre et à Lucy-le-Bois. Le 22, étapes à Saulieu et Arnay-le-Duc. Le 23, Humboldt et Bonpland quittent leur diligence à Chalon et embarquent sur un coche d’eau pour descendre la Saône jusqu’à Mâcon.
Le 24 en soirée, après une dernière halte à Beauregard, le bateau arrive à Lyon « à 6 heures du soir », retardé par « un vent affreux ». Après avoir couru pendant une heure et s’être égaré dans le quartier de la Guillotière, Humboldt manque son rendez-vous avec Mme Hutot de Latour4. Désolé de ce contretemps, il lui écrit pour lui raconter sa course lyonnaise et il revient sur ses projets de grands voyages. Il signe sa lettre « à 1 heure la nuit en hâte et émotion », avant de reprendre une voiture pour Marseille. Humboldt signa sa lettre « à 1 heure la nuit en hâte et émotion », après s’être égaré dans le quartier de la Guillotière et avoir manqué son rendez-vous avec sa correspondante. Désolé de ce contretemps, il raconte à Mme de Latour sa course lyonnaise et il revient sur ses projets de grands voyages.
Revenons quelques mois auparavant, à Paris : Guillaume et Alexandre de Humboldt ont fait la connaissance de Mme Hutot de Latour et de sa famille, peut-être par l’intermédiaire d’un proche, Jean-Baptiste Joseph Delambre, membre du Bureau des longitudes, dont Alexandre connaissait les travaux et qu’il a pu rencontrer à l’Institut6.
Fig. 2 : Généalogie Buffault, Guesnon de Bonneuil, Hutot de Latour, Sinfray de Villiers et alliés.
Qui était Mme de Latour ? Née le 10 avril 1758, paroisse Saint-Roch7, décédée à Paris le 21 janvier 18468, elle avait épousé en 1775 Louis-Marie Hutot de Latour, administrateur des hôpitaux militaires9 (Buffault 1922, p. 76 et Blanc 2002, p. 299). Elle « se sépara de son mari, joueur et criblé de dettes, vers 1800. Ils eurent un fils unique, mort en 1839 » (Blanc 1987, p. 253). Son père, Jean-Baptiste Buffault avait été marchand mercier, échevin de la ville de Paris et industriel (Buffault 1922, p. 76). Il fut, avec son beau-frère Jean-Baptiste Peeters, l’un des fondateurs d’une manufacture de vitriol près de Paris10. Son épouse, Barbe Liévine Peeters, tenait le magasin de mode « Aux traits galants » rue Saint-Honoré, où Jeanne Bécu, devenue plus tard Madame du Barry, fut apprentie (Buffault 1923, p. 33 à 35).
Guillaume de Humboldt évoque Mme de Latour dans son Journal parisien11, notamment lors d’une soirée chez elle, le 29 juin 1798 (Humboldt 1922, p. 527) :
Abendessen bei Madame la Tour. Ein sehr hübscher Cirkel, eine Gesellschaft, die wie eine geistreiche Deutsche und noch freier und hübscher ist. – Madame Pommars, ein rundlich-dicklichtes Gesicht ; scheint gescheut, praktisch, unternehmend, gut für Geschäfte. – Madame La Tour, mehr intellektuell, sehr bekannt mit aller Literatur, leicht enthusiastisch eingenommen. […] – Die ganze Gesellschaft ist auf einen andern Ton, als die gewöhnlichen ; mehr intellektuell ; mehr sentimental ; sehr enthusiastisch für einige Leute in jacobischer Manier, so für Arnaud. Die kennen und lieben Deutsche Literatur. So den Woldemar. Die la Tour citirte vorzüglich zwei Stellen : der Mond kam bescheiden, wie ein Freund, der seinen Freund nicht stören will. Wie Woldemar den Dolch nimmt ; der Stahl war so frisch und kühl, und ich nahm ihn an meine Brust und sagte so weit und immer weiter und noch weiter u. s. w. Also die recht Jacobischen, uns nicht Deutsch genug erscheinenden Züge. Diese Eigenthümlichkeiten der Gesellschaft gehen von der la Tour aus. Reinhard12 ist mit ihnen bekannt, und sehr von ihnen geliebt.
On ignore si Mme de Latour avait lu Woldemar en allemand, une traduction française venant d’être publiée par Charles Vanderbourg13. Mais qu’elle fût capable d’en citer des passages, en plus « de connaître et d’aimer la littérature allemande », ne pouvait que séduire les frères Humboldt, qui connaissaient personnellement l’auteur du roman, Friedrich Heinrich Jacobi (Götz 2007). Ainsi, même si l’on tient compte du style très emphatique propre aux manières de l’époque, le jeune Alexandre lui écrit sur un ton presque filial et plein de déférence :
Que de regrets d’avoir été quelques heures à Lyon et de n’avoir pas vu cette femme respectable dont l’image ne s’effacera jamais de mon cœur. (…) Je me flattais de Vous voir, de Vous témoigner de bouche (peut-être pour la dernière fois de bouche) les assurances de ma vénération la plus profonde, la plus inaltérable.
D’autres contemporains ont laissé des témoignages sur Madame de Latour, qui attestent de leur très grande estime. Ainsi l’académicien Antoine Vincent Arnault (Arnault 1833, tome deuxième, p. 151) :
C’est alors14 que je me liai plus étroitement avec une famille à laquelle m’ont attaché depuis les sentiments les plus tendres et les plus solides, la famille de Mme de La Tour. Trois traits suffiront à peindre cette excellente femme. Qu’on se figure un ensemble formé de l’esprit le plus vif, de l’intelligence la plus étendue et de la bonté la plus active (…).
Les frères Humboldt rencontrèrent « la belle et bonne Laure » chez Mme de Latour. Guillaume la décrit ainsi dans son Journal (Humboldt 1922, p. 527) :
Madame Renaud, ihr Ehemann ist in der Constituante gewesen, und begleitet jetzt Buonaparte nach Aegypten. Sehr jung und sehr schön, auch unterrichtet. Eine lange, schlanke, obgleich nicht sehr grosse Figur, schöner langer Hals, gerade Nase, hübsches Oval, kein sehr französisches Gesicht.
Née Augustine Françoise Eléonore Laure Guesnon de Bonneuil, elle avait épousé le 3 septembre 179515 à Saint-Leu (aujourd’hui Saint-Leu-la-Forêt, département du Val-d’Oise), Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély, futur comte d’Empire, ministre d’État et membre de l’Institut, « éminence grise de Napoléon16 », « l’homme le plus dévoué à la cause de Napoléon17 ». Au XIXe siècle, Laure Regnaud fut présentée comme l’une des femmes les plus admirées et les plus en vue du Consulat et de l’Empire. Sa contemporaine, Victorine de Chastenay, écrit à son sujet dans ses Mémoires (Chastenay 1896, p. 432) :
Mme Regnaud était belle, son mari la fit peindre par Gérard ; ce portrait fut un des premiers qui établirent la renommée du peintre d’Austerlitz et de l’Entrée de Henri IV. Mme Regnaud avait de la voix18, son mari attira Garat19, et sa maison, durant plusieurs années, fut une espèce de centre pour les artistes, ou du moins pour quelques artistes du premier ordre, liés entre eux. Arnault, en épousant une sœur de la belle Laure, prit rang lui-même dans cette société.
Fig. 3 : Jean-Baptiste Isabey : Marie Barbe Hutot de Latour et Laure Regnaud de Saint-Jean d’Angély, miniature ronde à l’encre et lavis (1812). Provenance : descendance de Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély. Osenat, catalogue de la vente « L’Empire à Fontainebleau » du 2 avril 2023, souvenirs de la famille Regnaud de Saint-Jean d’Angély, p. 84.
De même, dans un ouvrage sur les salons parisiens, publié par la duchesse d’Abrantès du vivant de Laure en 1838, on peut lire (Abrantès 1838, p. 355) :
Parmi les femmes qui, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, marquèrent par leur beauté, madame Regnault de Saint-Jean d’Angély tient une des premières places. Elle était parfaitement belle, surtout en 1795 et 1796, au moment où l’armée d’Italie avait ses quartiers à Milan. Son portrait, par Gérard, est à peu près de cette époque ; elle y est représentée comme une femme de vingt ans à peu près. Madame Regnault de Saint-Jean d’Angély est une personne que je connais depuis longtemps et que j’ai toujours aimée ; elle a de l’esprit, de l’instruction, des talents, et tout ce qu’il faut au cœur pour de solides amitiés ; c’est une femme qu’on recherche, qui plaît et qu’on aime quand on la connaît.
Enfin, Hortense Allart, plus jeune de vingt-cinq ans, l’évoque dans son livre de souvenirs « Les enchantements de prudence » (Allart 1873, p. 3) :
C’était une grande âme, digne de l’Antiquité ; mais ce caractère élevé était uni chez elle à une bonté incomparable que je n’ai jamais vue chez une personne à ce degré, bonté de chaque instant et pour chacun, bonté dans le regard, dans l’accent et dans toute la personne, et qui établissait autour d’elle comme une atmosphère douce et irrésistible.
Fig. 4 : François Gérard : la comtesse Regnaud de Saint-Jean d’Angély, née Guesnon de Bonneuil. Musée du Louvre, département des Peintures, salle 935. Source : Wikipédia
Mme Regnaud tint avec son mari un brillant salon politique et littéraire de 1798 à la chute de l’Empire. Les sources manquent mais il est vraisemblable qu’Alexandre de Humboldt l’ait fréquenté et qu’il y ait croisé « les Marmont, les Savary, les Récamier, Mme de Staël, les Junot et bien d’autres notabilités françaises ou étrangères. » (Gavoty 1966, p. 536).
Ajoutons enfin que Mme de Latour fut pour Laure une confidente et une « seconde mère »20. Les deux femmes étaient cousines par alliance (voir le tableau généalogique).
Laure Regnaud avait deux sœurs, Sophie et Cécile21. La « sœur reconvalescente », vue à Paris par Humboldt et évoquée dans sa lettre, pourrait être Sophie : Cécile était mariée avec Philippe Buffault, manufacturier à Lyon, et elle devait accoucher à la Guillotière d’une petite fille trois mois plus tard (voir ci-dessous).
Née Marie Catherine Jeanne Sophie Guesnon de Bonneuil22, elle épousera le 5 septembre 1801 l’académicien Antoine Vincent Arnault (Paris, 22 janvier 176623 – Bréauté, 16 septembre 183424), dont le nom est cité et l’œuvre commentée à plusieurs reprises par Guillaume de Humboldt dans son Journal parisien. « Thé bei Madame Renaud. – Nichts Merkwürdiges, ausser dass Arnault hinkam. (…) Sein Gesicht verspricht viel. Es ist breit, lang und scharf, ein Römergesicht. Er soll aus Paris oder Versailles seyn ; dies scheint unbegreiflich25. »
Vingt ans après la mort d’Arnault, Sainte-Beuve résume ainsi sa jeunesse dans les Causeries du lundi (Sainte-Beuve 1853, p. 496) :
Jeune, il connut le général en chef de l’armée d’Italie ; il fut dans sa confiance et dans sa familiarité ; il le servit dans quelques missions transitoires qu’il n’eût tenu qu’à lui de pousser plus loin. Il accompagna l’expédition d’Egypte jusqu’à Malte. Il eut sa part dans la confidence et dans l’exécution du 18 Brumaire, et fut l’un des aides de camp civils les plus actifs de cette décisive journée.
Quant au frère de Mme de Latour « énergique et sensible … », il s’agit d’Alphonse Jean Buffault, né paroisse Saint-Roch le 20 juillet 1762 et mort à Paris le 18 septembre 1844.
… il recueillit, en 92, malgré quelques déboires de son père, un important héritage dont la manufacture de Javel ne représentait qu’une faible partie. Ce célibataire, qui fut receveur général de la Meuse pendant quarante-cinq ans, et régent de la Banque de France pendant trente-deux ans, bénéficiait de l’appui de son frère aîné, successivement préfet, directeur de la Liquidation de la Dette publique, conseiller à la Cour des Comptes pendant trente ans, et des alliances de ce dernier devenu le beau-frère de Regnault de Saint-Jean d’Angély et de l’académicien Arnault. (Szramkiewicz 1974, p. 37).
Dans son Journal parisien, Guillaume de Humboldt nous le décrit sur le vif, dans un moment de négligé matinal, lors d’une visite chez Mme Regnaud à la Chaumette26, le 18 juillet 1798 :
« Ein Mann, (Alphonse Buffault) war am Morgen beim Frühstück unter ihnen in einer blossen ofnen Jacke, Pantalons ohne Füsse, und ohne Strümpfe mit blossen Füssen in den Schuhen.27 »
De même, A. de Humboldt le mentionne brièvement au début de son Journal de Paris à Toulon :
« Bufeau interessierte mich nur als ein Mensch von Geist und reger Einbildungskraft » (Humboldt 1798, f. 52r).
La quatrième personne évoquée par Humboldt dans sa lettre à Mme de Latour est « Mad[ame] d[e] P[ommard]28 qu’à présent j’ose appeler notre commune amie. » Née Elisabeth Sinfray de Villiers, Mme de Pommard était une cousine proche de Mme Hutot de Latour. Elle est citée plusieurs fois dans le Journal parisien de Guillaume de Humboldt et mentionnée par Alexandre au début de son Journal de Paris à Toulon : « Madame Pommard war in Courzel29 ». On trouve son adresse parisienne au début d’une longue liste de noms et d’adresses dressée par A. de Humboldt30 : « rue d’Orléans au Marais n°15 » (actuelle rue Charlot). On remarquera que cette adresse correspond au domicile de M. Hutot de Latour et que Laure y logeait avec ses parents avant son mariage31.
Notons enfin que le fils de Mme de Pommard, Charles (1781–1807) fut l’assistant32 de Jean-Baptiste Joseph Delambre, notamment pendant les travaux de mesures de l’arc du méridien terrestre entre Dunkerque et Barcelone, avec Pierre Méchain.
Devenue veuve, Mme de Pommard épousa Delambre, son compagnon de longue date, le 30 janvier 1804. Elle est décédée au château d’Antiville à Bréauté. Elle repose aux côtés d’Antoine Arnault, de Philippe Buffault et de son épouse Cécile.
Le second frère de Mme de Latour, Philippe Buffault, avait épousé, le 30 juin 1794, Marie Michelle Cécile Guesnon de Bonneuil33, sœur aînée de Sophie et de Laure. Né à Paris, paroisse Saint-Roch, le 4 juin 176034, décédé au château d’Antiville, à Bréauté (Seine-Maritime), le 4 décembre 185035, Philippe Buffault fut le premier préfet du département de Saône-et-Loire, nommé le 29 mars 180036, puis conseiller maître à la Cour des comptes37.
Au moment du passage de Humboldt à Lyon, Buffault dirigeait une fabrique située sur la commune voisine de la Guillotière38. Les naissances de ses filles Marie Aglaé et Blanche Liévine Sophie sont déclarées le 26 frimaire an III (16 décembre 1794) et le 1er ventôse an VII (19 février 1799)39 à la mairie de la Guillotière. Les deux actes d’état civil précisent bien que Philippe Buffault est « manufacturier d’huile de vitriol ».
C’est précisément à cette fabrique que séjourne Mme de Latour, chez son frère et sa belle-sœur. Arrivé avec retard à Lyon, Humboldt part immédiatement à sa recherche : « Je n’ai qu’un moment pour faire remettre mes effets au Palais royal ».
La localisation du « Palais royal » n’est pas certaine. Il pourrait s’agir de l’ancien Palais de Roanne, appelé également Palais Royal, situé sur la rive droite de la Saône40 et devant lequel se trouvait un débarcadère ou, plus probablement, de l’hôtel du Palais Royal, situé 2 rue du Plat, rive gauche de la Saône, à proximité du pont de l’Archevêché (actuel pont Bonaparte)41.
Je cours chercher la Feratière, le pont de la Guillotière, j’arrive au-delà du Rhône, je tourne à gauche, on me dit que je trouverais une Allée conduisant à la Fabrique dont la sagacité chimique de mes organes devrait m’indiquer le produit. Je n’arrive pas. Hélas ! on me dit, qu’on m’a trompé, que du pont il fallait aller à droite …
La fabrique de vitriol dirigée par Buffault, que Humboldt espérait reconnaître à l’odeur, était installée à la Ferratière, commune de la Guillotière, rive gauche du Rhône42. Elle avait été créée le 15 mai 1790 comme filiale de la manufacture de Javel à Paris, fondée avec la participation de Jean-Baptiste Buffault père43. On lit dans les Souvenirs d’un sexagénaire, d’Antoine Arnault (Arnault 1833, tome troisième, p. 346) :
Le surlendemain44, nous arrivâmes à Lyon où nous logeâmes au milieu des ruines de la place Bellecour. Mon camarade m’ayant quitté pour se rendre sans délai auprès de sa mère et mon intention étant de faire quelque séjour dans la ville, j’acceptai une chambre chez Buffault45, qui dirigeait alors près du faubourg de la Guillotière une manufacture appartenant à sa famille, et où sa femme46 et les deux sœurs de sa femme, c’est-à-dire trois des filles de Madame de Bonneuil, se trouvaient réunies pour le moment47.
Fig. 5 : Plans du cadastre napoléonien, commune de la Guillotière (1824), cote 01341. On distingue le pont de la Guillotière et vers la droite, au bord du Rhône, la fabrique « de Vitriole ». Source : archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon.
S’étant égaré, ayant dû faire demi-tour à contre-cœur, voilà Humboldt rentré au Palais royal pour ne pas manquer le départ de la diligence de Marseille, fixé à deux heures du matin. Il prend encore le temps d’écrire à Mme de Latour :
Mon voyage autour du monde n’aura pas lieu. Septidi le Directoire arrête qu’il sera remis pour un autre temps et le même jour je prens la résolution de partir pour l’Afrique. (…) En peu de semaines, je serai sur les côtes d’Afrique. Je veux rester à Alger pour y apprendre à fond l’arabe, pour voir le mont Atlas, pour pénétrer dans le Désert du côté de Constantine, pour étudier la vie pastorale des Hordes Arabes qui se nourrissent de chair de lions et sont moins féroces que des hommes qui n’en ont vu que la peau. Mon grand projet, celui que je tiens par enthousiasme, est de me joindre au printems à l’Expédition d’Egypte.
La décision du Directoire de reporter le projet « pour un autre temps » fut communiquée par l’amiral Bruix, ministre de la Marine, à Jussieu, directeur du Muséum d’Histoire naturelle, par lettre du 24 vendémiaire an VII (15 octobre 1798) :
(…) Le Directoire ne me parait pas disposé à autoriser bientôt l’exécution du plan que je lui avais présenté pour une expédition autour du monde et quoique le Ministre de l’Intérieur conserve toujours l’intention de favoriser ce projet, autant qu’il dépendra de lui, il m’est impossible de déterminer l’époque à laquelle il pourrait se réaliser. Cette incertitude me fait penser qu’il ne conviendrait pas de retenir plus longtemps les naturalistes qui se proposaient de suivre cette expédition ; et s’ils doivent recevoir une autre destination, je vous engage à ne pas les empêcher de la remplir (…)48.
Ce report fut confirmé « Septidi », c’est à dire le 27 vendémiaire (18 octobre 1798), mais Humboldt était déjà au courant de la décision du Directoire car il note dans son Journal de Paris à Toulon : « Erst am 12ten gab mir Le Clerc, Lareveillière’s Freund, mit dem ich bei Thouin frühstückte, die Gewissheit, dass an die Reise um die Welt nicht mehr zu denken sei. »49
Il pensait partir avec Bonpland avant même l’annonce officielle (« Wir wollten den 17ten reisen ») mais ils ne se mirent en route qu’un peu plus tard, le 20 octobre. L’expédition Baudin n’étant plus d’actualité, Humboldt comptait rejoindre par ses propres moyens les savants de l’armée d’Egypte en suivant une caravane à travers l’Afrique du Nord et auxquels il aurait fait part de ses observations.50
On ne sait pas si Mme de Latour goûta ce projet et si elle l’encouragea. Déjà deux de ses proches, Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély et Antoine Arnault venaient d’embarquer pour l’Orient avec Bonaparte51. Humboldt évoque lui-même dans sa lettre les doutes que ses plans suscitèrent chez Mme de Pommard : « … et lorsque notre commune amie quelque fois blâme mon entreprise, lorsqu’elle m’accuse de légèreté – alors c’est Vous dont j’implore le secours ».
On connaît la suite du voyage : Humboldt et Bonpland attendirent à Marseille, d’octobre à décembre 1798, une hypothétique traversée de la Méditerranée, malgré les tempêtes hivernales, la peste et la guerre. L’adjoint du commissaire des Relations extérieures Gabriel Augustin Guys52, qui avait été en poste à Tunis et qui parlait d’expérience, se chargea de les faire changer d’avis et de leur délivrer un visa pour l’Espagne (Humboldt 1798 f. 60v et 61r).
Humboldt et Bonpland prirent cette nouvelle direction puis, « par l’effet de ces vicissitudes qui tiennent à toutes les choses de la vie » (Humboldt 1814–1825, 44), ils embarquèrent en juin 1799 à La Corogne pour un périple de cinq ans en « Amérique espagnole » (Humboldt 1814–1825, 40) et aux Etats-Unis, munis cette fois de toutes les autorisations officielles.53
Rentré en France, Humboldt repassera par Lyon du 16 au 21 mars 1805, en route pour l’Italie avec Gay-Lussac. La famille Buffault s’était entre-temps installée à Paris mais elle avait conservé des intérêts dans la fabrique de vitriol de la Guillotière (Cayez 1978, 232).
Au cours de son voyage en Amérique, Humboldt reçut, par l’intermédiaire de Delambre, des nouvelles de Mme (de) Pommard et de son fils :
Recevez aussi les amitiés de Mme Pommard et celles de son fils. Nous avions tous les trois lu votre lettre en tâchant de vous suivre sur ces cartes si incomplètes et que vos observations vont rectifier. Vous savez peut-être que votre jeune ami a déserté l’astronomie, mais non les sciences. Il est entré à l’école Polytechnique où il a déclaré qu’il se destinait spécialement aux Mines, choix qui prouve qu’il songe souvent à son ami.54
Dans ses lettres scientifiques à Delambre, Humboldt n’oublia pas d’ajouter un mot à leur intention :
Je voulais écrire à mon cher, cher ami Pommard et à sa respectable mère et je ne puis plus. Il m’aime trop le bon mineur pour ne pas m’excuser. Je ne vais pas aux Philippines, je passe par Acapulco, le Mexique, la Havane en Europe et je Vous embrasse à ce que j’espère en Sept. ou Oct. 1803 à Paris. Mille, mille choses dans la famille de Pommard que j’aime si filialement.55
Ayez la bonté de présenter mes respects aux C. C.[citoyens] La Place, Lalande, Chaptal, Berthollet, Fourcroy, Vauquelin, Desfontaines, Jussieu, Ventenat, Guyton, Cuvier, Hallé, Adet, Millin, La Marck et à tous ceux qui m’honorent de leur souvenir. Mille amitiés et respects à la vertueuse et aimable famille des Pommard et la Tour. J’embrasse de Cœur et d’âme mon ancien et cher ami le C.[citoyen] Pommard et je veux qu’à mon arrivée nous allions tous ensemble à Courselles56, non pour y examiner le grand problème des pains, mais pour renouveler en moi les doux sentiments qu’inspire une famille aussi vertueuse.57
Malgré la rareté des sources disponibles, trois autres documents nous indiquent qu’Alexandre de Humboldt demeura fidèle, des années après son retour d’Amérique, à l’amitié des Delambre – Pommard, Mme de Latour, Mme Regnaud et leur « famille vertueuse ».
Le premier document est une lettre inédite58, adressée en 1810 par Humboldt à Mme de Latour, où l’on retrouve Antoine Vincent Arnault et Mme Delambre.
[1] Vous devez être bien étonnée, Madame, de
ce que je ne suis pas venu plutot Vous
rendre l’hommage de ma reconnaissance pour
les lignes charmantes que je dois à Votre
bienveillante amitié. J’ai été retenu par une
cause que Madame Delambre ne doit pas savoir[.]
J’ai eu à consoler une mère qui vient de
perdre un fils déjà marié. J’ignore, si jamais
vous avez entendu parler à Mr Arnault de
la Marquise de Grollier célèbre par son ta-
lent pour la peinture des fleurs, plus célèbre
encore pour des malheurs dans lesquels l’
avait entrainé son amour pour le baillif de
Cruzole59. Elle étoit brouillé avec ce fils depuis
10 ans, elle ne le voyait plus : il avoit vou[-]
lu la dépouiller ‹ de son bien › pendant son émigration. Il
Fig. 6 : lettre d’Alexandre de Humboldt à Mme de Latour, probablement à Paris le 17. 7. 1810. Staatsbibliothek zu Berlin, Handschriftenabteilung (Autogr. I/422).
[2] est plus cruel encore de se séparer
avant de se réconcilier. Est-on sûr de
se retrouver ? Après Mr de Chateaubriand
je suis la personne dont la présence fait
le plus de bien à Madame de Grollier
chez laquelle affection, douleur, tristesse,
espérance tout prend un caractère de
violence et de passion. Madame de60 …
est partie ce matin pour Epinay ; je dési-
rerai venir diner avec Vous demain
mercredi. Seroit-je (sic) assez heureux de
Vous trouver, Vous et Madame Delam[-]
bre ou préférez Vous jeudi[?] Je suis enga[-]
gé ce jeudi, mais il ne me coûte
pas de me dégager pour Vous voir et
pour offrir à Madame Delambre l’
hommage de mes sentimens respectueux[.]
Un petit mot de réponse, si j’ose Vous
supplier, Madame.
Ce mardi
Humboldt
veuillez bien excuser la hâte
de ce griffonnage. Mon bras comme
Vous le voyez est assez malade
à Madame
Madame De La Tour
Cette lettre ayant été écrite un mardi, on peut proposer la date du mardi 17 juillet 1810 : « J’ai eu à consoler une mère qui vient de perdre un fils déjà marié » : le fils de la marquise de Grollier, Eugène, venait en effet de mourir la veille, le lundi 16 juillet.
Mme de Grollier (1741–1828), passionnée d’horticulture et de jardins, avait une propriété à Épinay-sur-Seine, fréquentée par Humboldt et Châteaubriand61. Elle y fit aménager spécialement pour Humboldt un pont de cordages, semblable à ceux qu’il avait vus en Amérique62.
Le deuxième document est reproduit dans un ouvrage, publié en 1912 par Ernest Daudet, La police politique, Chronique des temps de la Restauration, d’après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet noir, 1815–1820 (Daudet, 1912, p. 301, 302).
Fig. 7 : Élisabeth Vigée Le Brun : la marquise de Grollier (1788). Source : Wikipedia
Voici le rapport du 28 avril 1817, rédigé par un policier anonyme63, qui vaut la peine d’être cité in extenso. Nous sommes trois jours après l’arrestation, le 25 avril, de Mme Regnaud de Saint-Jean d’Angély, soupçonnée d’avoir conspiré avec l’opposition bonapartiste. Nous retrouvons à nouveau, faisant bloc autour d’elle, Buffault, Arnault, Latour et « la société Delambre » :
Le baron de Humboldt fait grand bruit de l’arrestation de Mme Régnault de Saint-Jean d’Angély64. Le quartier général des personnes qui prennent intérêt pour cette dame, est chez Mme Delambre, amie particulière du baron de Humboldt, où vont tous les jours, M. de Buffault, les fils Arnault, Mme Latour, etc. M (illisible) a promis à la société Delambre de faire des démarches auprès du ministre de la police65. Ce que les amis désirent, c’est que Mme Régnault ne reste point en prison et soit seulement expatriée. En ce moment, le fils Régnault66 doit être passé en Belgique, M. de Humboldt l’aura vraisemblablement favorisé pour cela. Lorsque M. de Humboldt a appris l’arrestation de Mme Régnault, il s’est mis dans une grande colère contre les ministres, prétendant que c’était une indignité de leur part. On lui a persuadé qu’il y avait à la perquisition faite au Val67, soixante gendarmes et trente agents de police, qu’on avait séparé inhumainement Mme Régnault malade, de sa femme de chambre, enfin qu’on s’était conduit barbarement à son égard.
Finalement, après son incarcération à la Conciergerie, Mme Regnaud fut transférée, sur l’intervention de Philippe Buffault, à la maison de santé du docteur Puzin à Paris68, puis elle reçut un passeport pour se rendre aux eaux d’Aix-la-Chapelle où elle retrouva son mari de retour d’exil aux États-Unis.
Bien des années plus tard, Humboldt se souvenait encore de « ces atroces persécutions » dans le troisième document que nous présentons ici avec sa transcription : une lettre inédite69 du 15 avril 1853 à Berlin, adressée à la comtesse.
Fig. 8 : lettre d’Alexandre de Humboldt à Laure Regnaud de Saint-Jean d’Angély, Berlin 15 avril 1853. Staatsbibliothek zu Berlin, Handschriftenabteilung (Autogr. I/145).
[1] Madame la Comtesse,
Voir, revoir de Votre écriture, Madame, après
tant d’années de séparation, me rappeler
ce que je Vous dois à Vous et au grand homme
d’état, Mr le Comte Regnaud de St Jean d’Angely
de vive reconnoissance, me souvenir de l’
éclat d’une haute prospérité, de tout le
charme que la beauté, les grâces de l’esprit
et une douce et ineffaçable bienveillance
peuvent répandre sur la vie sociale, me
souvenir aussi de ce moment d’espoir que nous
donnoit le retour au foyer domestique,
les atroces persécutions auxquelles Vous avez
[2] résisté avec un si noble courage – tout
cela me révèle un monde qui n’est plus,
ce mélange de joye et de tristesse qui domine
dans une vie trop longuement prolongée chez
moi : Comment vous remercier du bienfait
de Votre lettre70 si douce, si affectueuse ! Je n’
ai pas été heureux dans ma négociation
malgré tous les efforts que je me suis donnés
jusque dans l’intérieur d’un château pour
faire apprécier l’ingénieuse invention de
Mr Rebour71. Les mathématiciens machinistes
n’ont pas eu de foi dans le principe, il
a été repoussé comme longtems l’a été
l’air chaud de Mr Ericson72, le Suédois,
Daignez agréer, Madame la Comtesse,
l’hommage de la respectueuse admiration
d’un vieillard qui vous porte en
même tems l’attachement, le dévouement,
la reconnoissance la plus inébranlable[.]
A Berlin
ce 15 Avril
1853
AVHumboldt
En 1853, seuls Alexandre de Humboldt, Mme Regnaud et ses deux sœurs Sophie et Cécile étaient encore de ce monde, parmi les personnes réunies plus d’un demi-siècle auparavant chez Mme de Latour, à Paris et à la Chaumette. Mme Regnaud était devenue « une petite vieille très soignée que l’on devinait avoir été très jolie et qui parlait avec un certain zézaiement qui n’avait peut-être pas été sans agrément au temps de sa jeunesse73 ». Quant à Humboldt, il avait quitté son cher Paris74 pour s’installer définitivement à Berlin.
La publication en 2016 de la correspondance entre Alexandre de Humboldt et Claire de Duras a révélé la grande amitié qui les rapprocha de 1814 à 1828 (Diethelm, 2016). Peut-être qu’un jour réapparaîtront, à l’occasion de nouvelles recherches ou de ventes d’autographes, d’autres lettres échangées entre Humboldt et les personnages rencontrés dans cet article75. Quoi qu’il en soit, les documents à notre disposition montrent que, parmi les « reines de la haute société parisienne »76, Laure Regnaud de Saint-Jean d’Angély fut celle dont l’amitié avec Humboldt aura été l’une des plus longues – sinon la plus longue – du Directoire au Second Empire.
Quant au « fort beau cercle », qui séduisit tant Guillaume de Humboldt au cours de l’été 1798, il accompagna son frère Alexandre tout au long de ses années parisiennes.
Abrantès, Laure Junot duchesse d’ (1838) : Histoire des salons de Paris. Paris, Chez Ladvocat, libraire.
Alder, Ken (2008) : The Measure of all Things. New York, The Free Press.
Allart, Hortense (1873) : Les enchantements de prudence. Paris, Michel Lévy éditeurs.
Arnault, Antoine Vincent (1833) : Souvenirs d’un sexagénaire. Paris, Librairie Dufey.
Beyer, Elisabeth (2001) : Wilhelm von Humboldt, Journal parisien (1797–1799). Arles, Solin/Actes Sud.
Blanc, Olivier (1987) : Madame de Bonneuil, femme galante et agent secret 1748–1829. Paris, Robert Laffont.
Blanc, Olivier (2003) : Regnaud de Saint-Jean d’Angély, l’éminence grise de Napoléon. Paris, Pygmalion.
Buffault, Pierre (1923) : Une famille de Bourgeois marchands de Paris, les Buffault. Bordeaux, Imprimerie Taillebourg.
Cayez, Pierre (1978) : Métiers jacquard et hauts fourneaux, aux origines de l’industrie lyonnaise. Presses universitaires de Lyon.
Chastenay, Victorine de (1896) : Mémoires 1771–1815, tome premier. Paris, Librairie Plon.
Chateaubriand, François René de (1979) : Correspondance générale, textes établis et annotés par Pierre Riberette. Tome deux. Paris : Gallimard.
Daudet, Ernest (1912) : La police politique, Chronique des temps de la Restauration, d’après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet noir. 1815–1820. Paris, Librairie Plon.
Delambre J.-B.-J. (1912) : Grandeur et figure de la terre ; ouvrage augmenté de notes, de cartes et publié par les soins de G. Bigourdan. Paris, Gauthier-Villars.
Diethelm, Marie-Bénédicte (2016) : Alexandre de Humboldt, lettres à Claire de Duras. Paris, Editions Manucius.
Dossios-Pralat, Odette (2007) : Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély, serviteur fidèle de Napoléon. Editions historiques Teissèdre.
Faivre d’Arcier, Amaury (2007) : Les oubliés de la liberté. Négociants, consuls et missionnaires français au Levant pendant la Révolution, 1784–1798. Direction des Archives, Ministère des Affaires étrangères.
Gavoty, André (1966) : Laure Regnaud de Saint-Jean d’Angély et Napoléon. Revue des Deux Mondes, 15 juin 1966 (en ligne).
Genlis, Stéphanie-Félicité du Crest, comtesse de (1825) : Mémoires inédits de Madame la Comtesse de Genlis, sur le dix-huitième siècle et la Révolution française, depuis 1756 jusqu’à nos jours. Tome septième. Paris : Chez Ladvocat, libraire.
Gérard, Baron (1886) : Lettres adressées au Baron François Gérard, peintre d’histoire, par les artistes et les personnages célèbres de son temps. Deuxième volume. Paris : Imprimerie A. Quantin.
Götz, Carmen (2007) : Der Stoff, aus dem die Netze sind. Einige Gewebeproben aus dem Briefwechsel zwischen Georg Forster und Friedrich Jacobi. Georg-Forster-Studien XII, p. 1–23.
Götz, Carmen (2025) : Die Seilbrücke bei Penipe – ein neuer Quellenfund zur Geschichte eines Bildes. HiN Internationale Zeitschrift für Humboldt-Studien, Bd. 26 n° 50, p. 5 à 18.
Humboldt, Alexander von (2025) : Dresden, Wien, Salzburg [= Tagebuch der Reise 1797/98], hg. v. Cettina Rapisarda und Christian Thomas unter Mitarbeit von Ulrich Päßler. In : edition humboldt digital, hg. v. Ottmar Ette. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. Version 11 vom 04. 06. 2025.
Humboldt, Alexander von : De Paris à Toulon[,] 1798. [= Tagebuch der Frankreich-Reise], hg. v. David Blankenstein und Christian Thomas unter Mitarbeit von Ulrich Päßler und Florian Schnee. In : edition humboldt digital, hg. v. Ottmar Ette. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften, Berlin. Version 11 vom 04. 06. 2025.
Humboldt, Alexander von (1810–1813) : Vues des Cordillères, et monumens des peuples indigènes de l’Amérique. Paris : F. Schoell, https://archive.org/details/gri_33125012643553/page/n323/mode/2up.
Humboldt, Alexander von (1814–1825) : Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, fait en 1799, 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804. Paris : F. Schoell, N. Maze, J. Smith. Relation historique, livre 1er, chapitre 1er. Paris : F. Schoell, N. Maze, J. Smith.
Humboldt, Alexander von (1973) : Die Jugendbriefe Alexander von Humboldts 1787–1799, hg. von Ilse Jahn & Fritz G. Lange, Berlin, Akademie Verlag, Beiträge zur Alexander-von-Humboldt-Forschung 2.
Humboldt, Alexander von (1993) : Briefe aus Amerika, Ulrike Moheit (ed). Berlin, Akademie Verlag, Beiträge zur Alexander-von-Humboldt-Forschung 16.
Humboldt, Wilhelm von (1922) : Tagebücher, herausgegeben von Albert Leitzmann, Erster Band 1788–1798. Berlin : B. Behr’s Verlag (Friedrich Federsen)
Humboldt, Wilhelm von (2001) : Journal parisien (1797–1799) traduit de l’allemand par Elisabeth Beyer. Solin Actes Sud.
Jacobi, Friedrich Heinrich (1795/1796) : Woldemar, traduit de l’allemand par Charles Vanderbourg. Paris : H. J. Jansen, l’an quatrième de la République.
Jangoux, Michel (2013) : Le voyage aux Terres australes du commandant Baudin, Genèse et préambule (1798–1800). Paris : Presses de l’université Paris-Sorbonne.
Le Moël, Sylvie (2015) : La traduction française de Woldemar, « roman philosophique et sentimental » – une médiation avortée ? Etudes Germaniques n°277 (en ligne).
Mézin, Anne (1997) : Les consuls de France au siècle des lumières (1715–1792). Direction des Archives et de la Documentation. Paris : Ministère des Affaires étrangères.
Pairault, François (2015) : Regnaud de Saint-Jean d’Angély ou la fidélité à l’Empereur (1760–1819). Saintes : Le Croît vif.
Rebouillat, Marguerite (1970) : L’établissement de l’administration préfectorale dans le département de Saône-et-Loire : les deux premiers préfets. Revue d’histoire moderne et contemporaine (en ligne).
Sainte-Beuve (1853) : Causeries du lundi. Lundi 21 mars 1853, tome septième. Paris : Garnier frères.
Szramkiewicz Romuald (1974) : Les Régents et censeurs de la Banque de France nommés sous le Consulat et l’Empire. Genève : Librairie Droz.
1 L’orthographe varie : Latour, la Tour, La Tour, avec ou sans particule … Nous reprenons l’orthographe « de Latour » retenue dans la base Mérimée du ministère de la Culture. De même pour Regnauld, Regnault, Renaut : nous conservons l’orthographe Regnaud adoptée par les biographies modernes.
2 Humboldt à Mme de La Tour, Lyon 24. 10. 1798, dans : Humboldt 1973, p. 642 n° 453.
3 Ces détails sont notés par Humboldt lui-même sur une feuille de dépenses. Voir : Tagebuch der Amerikanischen Reise II und VI (1798–1805) f. 108v. http://resolver.staatsbibliothek-berlin.de/SBB0001527300000210.
4 « Mad. de la Tour verfehlte ich » : Humboldt 1798, f. 53v. https://edition-humboldt.de/v11/H0018407.
5 L’expression est de Guillaume de Humboldt (Humboldt 2001, p. 163 n° 276, 29 juin 1798).
6 Humboldt mentionne Delambre en tant que membre du Bureau des longitudes dans : Dresden, Wien, Salzburg [Tagebuch der Reise 1797/98] f. 55v. https://edition-humboldt.de/v11/H0019734. Delambre fut membre associé de l’Académie des sciences en 1792 puis membre titulaire en 1795. (Voir par exemple Comité des travaux historiques et scientifiques, rattaché à l’Ecole nationale des chartes : https://cths.fr/an/savant.php?id=117258). Arrivé à Paris le 12 mai 1798, Humboldt fut invité à partir du 25 mai à faire à l’Institut plusieurs communications scientifiques : https://edition-humboldt.de/v11/H0006114. Le 3 juin 1798, Humboldt assistait aux mesures par Delambre de la base géodésique entre Melun et Lieusaint. Voir Humboldt à von Zach, Paris 3. 6. 1798, dans : Humboldt 1973, p. 632 n° 445.
7 Archives de Paris, actes de l’état civil reconstitué : cote 5Mi1 30 (2/4/1758–7/4/1758), images 17 et 18.
8 Archives de Paris, collection Mayet (1795–1862) cote AD75 Mayet T036 https://www.geneanet.org/registres/view/30026/161 161/220. Paris, Cimetière de Montmartre, registres journaliers d’inhumation 18/01/1846–14/02/1846, https://www.geneanet.org/registres/view/212885/6?individu_filter=20034613 p. 6, n° d’ordre 4784.
9 Blanc 2002, p. 299. En 1753, son père, Pierre-Louis, receveur des tailles à Agen, avait fait construire dans cette ville un hôtel particulier, inscrit partiellement à l’inventaire des monuments historiques le 28. 02. 2018. Voir Ministère de la Culture, base Mérimée, hôtel Hutot de Latour : https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00084046.
10 Szramkiewicz 1974, p. 37 et 43. D’abord à Épinay-sur-Seine, cette manufacture fut transférée en 1778 à Javel, dans la plaine de Grenelle. Nous verrons plus loin que son fils Philippe Buffault dirigeait en 1798 une fabrique de vitriol à Lyon.
11 Traduction en français par Elisabeth Beyer (2001).
12 Charles-Frédéric Reinhard, né en 1761 à Schorndorf (Wurtemberg), mort à Paris en 1837, diplomate au service de la France.
13 Le Moël 2015, 81 à 96. Woldemar de F. H. Jacobi a été traduit en français par Charles Vanderbourg en l’an IV de la République. (Jacobi 1795/1796).
14 En 1794, après la chute de Robespierre.
15 Etat civil de Saint-Leu-la Forêt, cote 3 E 153 12–1793-an III, image 126. Le lieu et la date de naissance de Laure sont précisés dans l’acte de mariage : Paris, paroisse Saint-Paul le 26 octobre 1776. Décès : Paris, 8 février 1857. Archives de Paris, état civil reconstitué, cote 5Mi1 1524, 8/2/1857 images 26 à 28.
16 Blanc 2003, Regnaud de Saint-Jean d’Angély, l’éminence grise de Napoléon (titre de l’ouvrage). Humboldt le connaissait, comme il le rappelle dans sa lettre du 15 avril 1853 (voir ci-dessous). l’Université.
17 Dossios-Pralat 2007, 7 (préface de Jean Tulard).
18 Humboldt fait une allusion au talent de cantatrice de Mme Regnaud dans une lettre datant des années 1824–1825 publiée dans la correspondance de François Gérard : « La Princesse, qui a joué la comédie avec Mlle Mars, chante aujourd’hui dans un opéra qui se donne chez elle, avec Mme Regnault ». Gérard 1886, p. 64 lettre XXXVI. La princesse pourrait être Thérésa Cabarrus (1773–1835), ex-Mme Tallien, devenue par remariage en 1805 princesse de Chimay. François Gérard en a fait le portrait en 1804.
19 Garat, Pierre-Jean, artiste lyrique (1762–1823).
20 Assignée à résidence à la clinique du docteur Puzin à Paris en 1817, Mme Regnaud notera sur un billet conservé aux archives de la Préfecture de police de Paris (cote Aa 327, pièce n° 653) les noms des quelques membres de sa famille autorisés à lui rendre visite, dont « Mme de Latour, ma seconde mère ».
21 Laure Regnaud eut également une demi-sœur, Augustine Simplicie Évelina, dite Nina, fille naturelle de Mme de Bonneuil et du député Nicolas Cazalès. Née à Paris le 11 avril 1793, décédée à Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées) le 10 septembre 1861. Cazalès refusa de reconnaître l’enfant qui ne fut baptisée qu’en août 1803 à Saint-Leu, après la mort de M. de Bonneuil père. Nina épousa Jean Edouard Cardon en 1813.
22 Paris 18 mars 1770 – Paris 30 avril 1866 selon le site geneanet.
23 Archives de Paris, état civil reconstitué, cote 5Mi1 37, 17/1/1766–22/1/1766, images 33 à 36.
24 Archives de la Seine-Maritime, état civil de Bréauté, cote 4 E 8140, image 97.
25 Humboldt 1922, p. 579, n° 320, 9. 8. 1798. Également dans Humboldt 1922 : « Oscar, fils d’Ossian, Tragédie, par Arnault. An 4. » (p. 538, n°285, 13. 7. 1798) ; « Besuch bei Madame Pommars. Arnault war da und erzählte den Plan seiner Tragödie, les Vénitiens ». (p. 611, n° 348, 4. 9. 1798).
26 Le château de la Chaumette se trouve à Saint-Leu-la-Forêt (Val d’Oise). Il avait appartenu à Louis Marie Hutot de La Tour et à son épouse puis les Regnaud le rachetèrent. Cette villégiature est décrite dans Humboldt 1922, p. 543, n° 290, 18 juillet 1798. Voir aussi Arnault, 1833, tome deuxième, p. 155 : « Mme de La Tour possédait une délicieuse campagne dans la vallée de Montmorency ». Détruit par un incendie, le château fut reconstruit en 1869.
27 Humboldt 1922, p. 546, n° 290. 18 juillet 1798.
28 Humboldt 1973, p. 643 note 2 et dans l’index des personnes p. 804 « Pommars ».
29 Humboldt 1798, f. 52r. Courzel est Courcelles-sur-Viosne/Val d’Oise (Alder 2008, p. 402).
30 Staatsbibliothek zu Berlin, Tagebücher der Amerikanischen Reise II und VI, f 98r. Cette liste fut commencée avant le départ de Humboldt pour l’Amérique (on y remarque notamment l’adresse de Nicolas Baudin) puis complétée après son retour, notamment avec l’ajout de ses contacts à Cumana.
31 Dossios-Pralat 2007, p. 117. Ces informations figurent dans le contrat de mariage des époux Regnaud, reproduit p. 117 de ce livre.
32 Delambre 1912, p. 281. « A Melun et à Perpignan, je trouvais un aide jeune et intelligent en Pommard, fils de Mme Delambre, mort depuis à Naples, où l’Empereur l’avait envoyé en qualité d’auditeur ».
33 Bordeaux 1767 – Paris 21 mars 1855. Archives de Paris, état civil reconstitué, décès cote 5Mi1 1490, 21/3/1855, image 18. Le lieu de naissance, ainsi que l’âge (87 ans et quatre mois) sont indiqués sur l’acte.
34 Archives de Paris, état civil reconstitué, naissances cote 5Mi1 32, 27/5/1760, images 34 à 36.
35 Archives de Seine-Maritime, état civil de Bréauté, décès, cote 4 E 8141, vue 38/145.
36 Rebouillat, 1970. On notera (p. 861) que Philippe Buffault se trouvait encore à Lyon au moment de sa nomination en 1800.
38 Commune rattachée à Lyon en 1852.
39 Archives municipales de Lyon, état civil de la Guillotière, naissances cotes 2E1352 vue 21 et 2E1354 vue 25.
40 L’actuel palais de justice de Lyon a été construit en 1847 à cet emplacement.
41 « A l’époque de la Révolution, la poste était dans le palais royal, rue du Plat au débouché du pont Bonaparte, vers la place Gourju » : voir https://www.ruesdelyon.net/rue/714-rue-du-plat.html.
42 Archives du département du Rhône, cadastre de la Guillotière, Section G dite de Bechevelin, feuille n°4 – 01357, 3P1042.
43 Cayez 1978, p. 219 et 232 : « La fabrique était installée à la Ferratière, commune de la Guillotière, face à la Chaussée Perrache ». Le Fort de la Vitriolerie fut construit sur le terrain de la Ferratière entre 1840 et 1860. Voir à ce sujet le dossier Vitriolerie puis fort de la Vitriolerie actuellement Quartier Général Frère, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel (en ligne).
44 En novembre 1797, Arnault est de retour d’Italie où il a accompagné Bonaparte.
45 Philippe Buffault.
46 Cécile Guesnon de Bonneuil.
47 Les trois filles sont Cécile, Sophie et Laure Guesnon de Bonneuil. Mme de Bonneuil avait eu une fille naturelle, Nina (cf. note 21). Arnault poursuit : « Il était convenu que nous ne retournerions à Paris qu’avec Regnauld. Il se passa encore un mois avant qu’il pût quitter l’Italie : ce mois s’écoula de la manière la plus douce pour nous tous peut-être, pour moi sûrement. Je retrouvai là ma vie de Saint-Leu ».
48 Archives nationales, AMV, BB4-995. Cité dans Jangoux, 2013, p. 34.
49 Jean-Baptiste Leclercq (1756–1826), député au Conseil des Cinq-Cents ; Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (1753–1824), membre du Directoire exécutif ; André Thouin (1747–1824), botaniste, administrateur du Muséum national d’Histoire naturelle.
50 Humboldt à von Zach, Madrid 12. 5. 1799, dans : Humboldt 1973, p. 667 n° 475 : « Hätten die Begebenheiten (…) mich nicht genöthiget, meinen Vorsatz, eine Reise durch Afrika zu machen, aufzugeben, so würden wir in weniger als acht Monaten die Stärke der magnetischen Kraft von der Meer-Enge von Gibraltar bis zur Land-Enge von Suez kennen gelernt haben. Ich würde die westlichen Inclinationen beobachtet haben, während die Astronomen in Aegypten die östlichen bestimmten ». Humboldt 1814–1825, 43 : « Aucun minéralogiste n’avait encore examiné cette haute chaîne de montagnes qui, dans l’empire de Maroc, s’élève jusqu’à la limite des neiges perpétuelles. Je pouvais être sûr qu’après avoir fait quelques travaux utiles dans la région alpine de la Barbarie, j’éprouverais, en Égypte, de la part des savans illustres qui se trouvaient depuis quelques mois au Caire, ces même marques d’intérêt dont j’avais été comblé pendant mon séjour à Paris. »
51 Ni Arnault ni Regnaud ne dépasseront Malte. Regnaud sera cependant, de 1810 à 1815, président de la commission de la vente de la monumentale Description de l’Égypte. Source : https://www.napoleon-empire.org/personnages/regnaud-de-saint-jean-d-angely.php.
52 « Der junge Vence (…) wies uns zu dem Adjoint des C[itoyen] Guys. (…) Er war selbst Consul in Tunis gewesen und jetzt für Syrien bestimmt ». Humboldt 1798, f. 61r. Gabriel Augustin Guys, dit Guys de Saint-Charles, né à Marseille le 16. 11. 1758, remplaça son père comme correspondant des Affaires étrangères à Marseille le 7 pluviôse an III (Mézin 1997, p. 341 note 2.) L’adjoint est peut-être Bonaventure Beaussier (Marseille 1749 – Tripoli de Barbarie 1814), chancelier du consulat de Tripoli de Syrie en 1774, puis en poste à Alexandrie, Alep, Coron en Morée, Seyde et Constantinople, il est ensuite nommé chargé d’affaires à Tunis le 30 mars 1796, puis consul général à Tripoli de Barbarie le 8 septembre 1797. Il doit quitter son poste au moment de l’expédition d’Égypte, puis il est de nouveau nommé consul général à Tripoli de Barbarie de 1802 à sa mort. Voir Mézin 1997, p. 132, et Faivre d’Arcier 2007, p. 216.
53 En post scriptum d’une lettre datée de Madrid le 30 messidor an 7 (18 juillet 1799), Baudin écrit à Jussieu : « homboldt (sic) et Bon Plan sont partis il y a environ un mois pour La Havane sur un paquebot Espagnol d’où ils se rendront au Mexique munis de la lettre d’introduction du gouvernement pour parcourir l’intérieur du pays. Ils sont l’un et l’autre Bien plus heureux que moi ./. » Archives nationales, AJ/15/742. Citée dans Jangoux, 2013, p. 43.
54 Delambre à Humboldt, 22 janvier 1801 dans : Humboldt 1993, p. 121. La lettre que Delambre a lu avec Mme Pommard et son fils est celle que Humboldt avait envoyée le 17. 10. 1800 de Cumana à son frère (Humboldt 1993, p. 105 n° 35). Celle-ci fut également lue en séance à l’Institut le 21. 1. 1801. (Humboldt 1993, p. 120 et note 1 p. 122).
55 Humboldt à Delambre, Lima 25 novembre 1802 dans : Humboldt 1993, p. 206.
56 Courcelles-sur-Viosne, voir note 29.
57 Humboldt à Delambre, Mexico 29 juillet 1803 dans : Humboldt 1993, p. 246.
58 Staatsbibliothek zu Berlin, Handschriftenabteilung (Autogr. I/422).
59 Alexandre Charles Emmanuel de Crussol-Florensac, neveu de Mme de Grollier (Paris 1743 – Paris 1815).
60 Le nom manque.
61 Correspondance générale de Chateaubriand, 1979, 258, note 1.
62 Voici l’anecdote relative au pont de cordes d’Épinay, racontée par Madame de Genlis et qui est savoureuse : « Madame de Grollier a fait encore une chose charmante sur la rive de cette même pièce d’eau : c’est la représentation d’une description qui se trouve dans l’un des voyages de M. de Humboldt, qui parle d’un joli pont de cordes fait en Amérique par les sauvages ; ce pont traversait une rivière ; il était attaché aux deux extrémités à deux arbres inclinés sur l’eau, que la nature semblait avoir placés là à dessein vis-à-vis l’un de l’autre ; ce pont si léger est très solide. Quand M. de Humboldt en approcha en Amérique, il aperçut une jeune et jolie Indienne qui le traversait. La première fois que M. de Humboldt vint à Épinay, madame de Grollier n’oublia pas d’établir sur ce pont de cordes une jolie petite paysanne habillée en sauvage. M. de Humboldt, ne se doutant de rien, fut conduit à la pièce d’eau, et il fit une bruyante exclamation en voyant les deux arbres, la rivière, le pont de cordes et la jeune sauvage. Il y a une grâce bien particulière à cette galanterie qui d’ailleurs s’adressait à l’homme du monde le plus capable d’en sentir tout le prix. » (Genlis, 1825, p. 244). Il pourrait s’agir du pont de cordages de Penipe (Equateur), représenté sur la planche XXXIII des Vues des Cordillères, et monumens des peuples indigènes de l’Amérique (Paris 1810–1813). La mise en scène de Mme de Grollier avec la « jeune et jolie Indienne » devait mêler le souvenir de cette gravure, voire celui des conversations de Humboldt et de croquis réalisés au cours de son voyage. Sur le pont de cordages de Penipe et sa représentation, voir l’étude récente publiée par Carmen Götz (Götz, 2025).
63 E. Daudet ne cite malheureusement pas ses sources. Voir aussi Diethelm 2006, p. 296 à propos du livre d’E. Daudet : « Cet ouvrage contient bon nombre de lettres et billets de Humboldt et de ses correspondants, copiés par les services de Decazes ». Le dossier concernant l’arrestation de Mme Regnaud de Saint-Jean d’Angély peut être consulté aux archives de la Préfecture de police de Paris, cote Aa327. Le nom de Humboldt n’y apparaît pas.
64 Sur les circonstances et les suites de cette arrestation, voir Blanc 2002, p. 235 à 246 ; Dossios-Pralat 2007, p. 449 à 460, Pairault 2015, p. 299 à 311.
65 Elie Decazes (1780–1860).
66 Auguste Regnaud de Saint-Jean d’Angély, beau-fils de la comtesse, maréchal de France en 1859.
67 Ancienne abbaye du Val à Mériel (Val d’Oise). Bien national à la Révolution, les Regnaud en avaient fait l’acquisition en 1806. Mme Regnaud revendit la propriété en 1828.
68 La clinique se trouvait 5, rue des Batailles, une voie aujourd’hui disparue, située entre les actuelles avenues d’Iéna et du Président Wilson. « Le comte Regnault de Saint-Jean d’Angély occupa un hôtel particulier au n° 16–17 de la rue des Batailles à la fin de l’Empire, bien que son domicile privé fût principalement rue de Provence ». Voir le site paris-pittoresque.com l’article « Rue des Batailles ».
69 Staatsbibliothek zu Berlin, Handschriftenabteilung (Autogr. I/145).
70 Cette lettre n’a pas été retrouvée à ce stade.
71 Peut-être Claude Joseph Napoléon Rebour, ingénieur-mécanicien. Rebour avait probablement présenté lui-même son invention à Humboldt à Berlin. Il est mentionné dans son carnet d’adresses (« Rebour (Cubière) Hôt[el] de Rome ! ») : http://resolver.staatsbibliothek-berlin.de/SBB0001FFAD00000187. L’auteur remercie Ulrich Päßler (BBAW) pour ce renseignement. Nous ignorons la nature de son invention.
72 John (Johan) Ericsson (1803–1889), ingénieur-mécanicien.
73 Intermédiaire des chercheurs, 1881, cité par Blanc 2003, p. 262.
74 En janvier 1848.
75 La transcription d’une lettre adressée par Alexandre de Humboldt à Mme de Latour en 1808 figure au catalogue J. A. Stargardt de la vente des 24 et 25 mars 2015 à Berlin. Dans ce courrier, Humboldt regrette de ne pas pouvoir accepter une invitation de Mme de Latour, ayant déjà pris un engagement chez la princesse de Pontecorvo (Désirée Clary, épouse Bernadotte) et chez Fanny de Beauharnais. (J. A. Stargardt Katalog Aukt. 702, 24/25.3/2015 p. 158 N° 307).
76 L’expression est de Marc Fumaroli. (Diethelm 2026, préface de Marc Fumaroli p. 9).